Guide · 6 min de lecture
Six instruments traditionnels à découvrir si vous aimez le piano
Clavecin, orgue, harmonium, accordéon, célesta, piano à pouces : ce qui les rapproche du piano, comment ils sonnent et où les entendre.
Mis à jour le 7 octobre 2026

Clavecin, orgue, harmonium, accordéon, célesta et piano à pouces. Les cinq premiers ont un clavier comme le piano, mais chacun fait naître le son autrement : corde pincée, tuyau, anche, lame de métal frappée. Le sixième n’a pas de clavier, mais chaque languette pincée y donne une note, comme une touche ; nous y ajoutons le cymbalum, dont un cousin a inspiré le piano.
Six cousins du piano en un tableau
Ce qui distingue ces instruments, c’est la façon dont le son est produit. Elle décide de ce que le pianiste retrouve, ou perd, en passant de l’un à l’autre. Les faits ci-dessous viennent du dictionnaire de la musique Larousse, consulté le 6 octobre 2026.
| Instrument | Comment naît le son | Ce qui le rapproche du piano |
|---|---|---|
| Clavecin | Une corde pincée par un plectre | Le clavier, le répertoire baroque que les pianistes jouent aussi |
| Orgue | De l’air envoyé dans des tuyaux | Un ou plusieurs claviers, une écriture à plusieurs voix |
| Harmonium | De l’air qui fait vibrer des anches libres | Un clavier dans un meuble de la taille d’un piano droit |
| Accordéon | Des anches libres, mises en vibration par le soufflet | Un clavier main droite, parfois à touches de type piano |
| Célesta | Des marteaux qui frappent des lames de métal | Un clavier et une mécanique à marteaux et étouffoirs |
| Piano à pouces | Des languettes pincées par les doigts | Des notes jouées en même temps par les deux mains |
Le clavecin, l’ancêtre aux cordes pincées
Le clavecin a été joué dans toute l’Europe dès le milieu du XVe siècle, puis il a presque disparu vers 1800 au profit du piano-forte, avant d’être redécouvert au début du XXe siècle. Quand on enfonce une touche, une petite pièce de bois, le sautereau, se soulève et son plectre pince la corde. C’est la grande différence avec le piano : la force du doigt ne change presque pas le volume, ce qui limite les nuances. Le claveciniste les obtient autrement, par l’articulation, les ornements et le choix des registres.
Le Larousse rapporte un détail savoureux : vers 1440, Henri Arnaut de Zwolle décrivait un levier muni d’un crampon métallique projeté contre la corde. Oublié pendant trois siècles, ce dispositif est devenu le marteau du piano-forte. Son voisin, le clavicorde, frappe déjà la corde avec une lamelle de métal, la tangente : son très faible, mais nuancé sous le doigt. Les Inventions et le Clavier bien tempéré de Bach tiennent dans ses quatre octaves.
L’orgue, le plus ancien des instruments à clavier
Le Larousse le présente comme « le plus ancien des instruments à clavier » : des tuyaux, commandés par un ou plusieurs claviers, reçoivent l’air d’une soufflerie. Les grands orgues ajoutent un pédalier, un clavier joué avec les pieds. Berlioz l’appelait « le pape des instruments ». Chaque orgue est construit sur mesure pour son lieu, si bien qu’il n’en existe pas deux semblables.
Pour un pianiste, le changement tient surtout au son tenu : une note d’orgue dure tant que la touche reste enfoncée, sans s’éteindre, et s’arrête net quand on la relâche. Il n’y a pas de pédale de sustain pour lier les accords ; le legato se fait avec les doigts, et les pieds jouent la basse sur le pédalier. Les nuances passent par le choix des jeux plutôt que par la force de frappe.
L’harmonium, un orgue de salon sans tuyaux
L’harmonium fonctionne comme l’accordéon, avec des anches libres, mais il ne se porte pas : sa soufflerie, actionnée par deux pédales, est logée dans un meuble semblable à un piano droit. D’après le Larousse, le premier véritable harmonium a été construit à Paris en 1840 par Alexandre François Debain. Pendant un siècle, il a accompagné les offices dans les paroisses trop pauvres pour avoir un orgue, et il a été un instrument de salon, en province surtout.
L’accordéon, des claviers que l’on porte sur soi
L’accordéon est un instrument à vent portatif : le soufflet pousse l’air dans des anches libres, et la pression du soufflet donne les nuances. Breveté à Vienne en 1829 par Cyrill Demian, il arrive en France vers 1830. Le Larousse distingue le chromatique (le même son en poussant et en tirant) et le diatonique (deux sons différents), présent dans la plupart des musiques traditionnelles des régions françaises.
La fiche instrument du conservatoire Michel-Petrucciani d’Istres décrit un « clavier à boutons », touches rondes disposées en quinconce. Les accordéons dits italiens sont hybrides : touches de type piano à la main droite, plus étroites que celles d’un piano, et boutons à la main gauche. Pour un pianiste, la main droite y retrouve ses repères. Le même conservatoire accueille les élèves d’accordéon dès 6 ans selon leur morphologie, et rappelle que l’accordéon est entré plus récemment dans les conservatoires.
Le célesta, des marteaux sur des lames de métal
Le célesta ressemble de l’extérieur à un petit piano de quatre ou cinq octaves. Inventé par le facteur Victor Mustel et perfectionné par son fils Auguste, qui en déposa le brevet en 1886, il utilise une mécanique de marteaux et d’étouffoirs, comme le piano, mais ses marteaux frappent des lames métalliques au lieu de cordes. Le son est court, pur et très cristallin, et de nombreux compositeurs l’ont employé à l’orchestre. De cette liste, c’est l’instrument dont le clavier ressemble le plus à celui du pianiste.
Le piano à pouces, et le cymbalum aux cordes frappées
Le piano à pouces, ou sanza, vient d’Afrique noire : des languettes fixées sur une caisse, que l’on pince avec les doigts. Il n’a ni clavier ni cordes, mais comme au piano, chaque languette donne une note, et l’on joue des deux mains à la fois.
Notre ancien article sur ce sujet faisait la part belle aux instruments à cordes frappées, et l’un d’eux mérite sa place ici. Le cymbalum, très populaire en Hongrie, est une caisse trapézoïdale dont on frappe les cordes avec une paire de battes. Il a des origines communes avec le tympanon, et c’est en perfectionnant ce tympanon que Pantaleon Hebenstreit a créé un instrument de cinq octaves, baptisé « pantaléon » par Louis XIV en 1705. Le Larousse le désigne comme un ancêtre du pianoforte, dont l’essor l’a éclipsé à la fin des années 1720.
Où entendre ces instruments, et comment les essayer
- Le Musée de la musique, à la Philharmonie de Paris, présente une collection permanente, dont la version en ligne recense quelque 9 000 instruments, et organise des concerts sur les instruments du musée.
- Certains conservatoires et écoles de musique enseignent l’orgue, le clavecin ou l’accordéon à côté du piano, comme Istres pour l’accordéon ; notre page Cours de piano près de chez vous recense les établissements de votre département.
- Un piano numérique permet d’en avoir un avant-goût : le Korg LP-180 comprend un son de clavecin, le Roland FP-60X 18 sons d’orgue, et les claviers arrangeurs comptent des centaines de sons. Le toucher reste celui d’un clavier de piano : notre guide sur les touches lestées et semi-lestées explique ce que chaque type de clavier imite.
Pour aller plus loin sur l’instrument lui-même, notre rubrique Tout savoir sur le piano réunit nos guides, de l’histoire du clavier au choix d’un premier instrument.
Vos questions sur les instruments cousins du piano
Quel instrument ressemble le plus au piano ?
Le célesta, pour le clavier et la mécanique. Il a l'allure d'un petit piano de quatre ou cinq octaves et une mécanique à marteaux et étouffoirs, mais ses marteaux frappent des lames de métal. Le clavicorde s'en rapproche aussi par le principe : il frappe ses cordes avec une tangente, et le son suit la pression du doigt. Le clavecin, lui, pince ses cordes.
Quelle différence entre un clavecin et un piano ?
Le clavecin pince la corde, le piano la frappe. Sur un clavecin, le sautereau se soulève et son plectre pince la corde : la force du doigt change à peine le volume, d'où des nuances limitées. Le marteau du piano suit au contraire la force de la frappe. D'après le Larousse, c'est le piano-forte qui a remplacé le clavecin, presque disparu vers 1800.
Un pianiste peut-il jouer de l'orgue ?
Oui, mais il doit apprendre deux choses nouvelles. Le son d'orgue dure tant que la touche est enfoncée et s'arrête net quand on la relâche : sans pédale de sustain, le legato se fait avec les doigts. Les pieds jouent la basse sur le pédalier des grands orgues. Enfin, les nuances passent par le choix des jeux, pas par la force de frappe.
Le piano à pouces est-il un vrai piano ?
Non, il n'a ni clavier ni cordes. La sanza, ou piano à pouces, vient d'Afrique noire : des languettes fixées sur une caisse, que l'on pince avec les doigts. Le rapprochement avec le piano tient au principe : chaque languette donne une note, comme une touche, et l'on joue des deux mains à la fois.